A seulement 20 ans, Abdelrahman Gadban, apprenti en CAP Coiffure à CMA Formation et Entreprises Lille, vient de remporter la médaille d’or en coiffure Homme au concours régional MAF Coiffure, qui s’est déroulé lundi 31 mars au Lycée Saint Pierre de Calais. Derrière ce brillant parcours, il y a une autre histoire, douloureuse, véritable leçon de courage et de dignité. En lien avec une actualité brûlante. Celle des migrants qui fuient l’oppression et la misère … La réussite d’Abdelrahman c’est bien sûr cette médaille d’or mais aussi et surtout cette formidable résilience qui impose le respect. Et le rend doublement victorieux.

Il porte en lui quelque chose du « chaos du monde » et pourtant il sourit. Et son sourire est lumineux. Autant que son parcours entamé en 2022 à CMA Formation et Entreprises Lille, qui impressionne tant ses professeurs en coiffure, Jean-François Bastin et Monique Noulet-Miens. « On ne peut qu’être admiratifs, confie cette dernière, émue, face à sa volonté, son courage … ». Abdelrahman, lui, incroyable d’humilité, exprime juste sa reconnaissance d’être aussi bien accompagné et soutenu par ses professeurs de CMA Formation Lille, « Ils sont comme une famille… » dira-t-il sans se départir de son sourire. « Rien que pour ce qu’ils font pour moi, je ne peux pas échouer. »
Un voyage inimaginable jusqu’en Europe
Une ombre passe dans son regard, lorsqu’il commence pudiquement à évoquer ce qui l’a mené jusque-là. On comprend qu’il veuille taire l’exil. Mais les mots parfois apaisent. Alors il raconte la déchirure. La fuite d’Irak à 8 ans, poussé par ses parents, et l’espoir de lui trouver un avenir, compromis depuis la proclamation de l’Etat islamique par Daesh sur les territoires irakiens. Un régime de terreur dont il se souvient et qu’il voudrait pouvoir oublier. « Même des enfants d’à peine 14 ans ont été exécutés…lâche-t-il dans un souffle. Une femme médecin aussi parce qu’elle n’avait pas pu sauver un patient… J’ai certaines images dans la tête depuis. Mes parents avaient peur en permanence pour nous … Ma mère a dû porter la burqa, je ne la reconnaissais même pas dans la rue … Je ne suis presque jamais allé à l’école, il n’y avait plus que des écoles coraniques. Mon père et ma mère rêvaient de nous donner un avenir, alors ils ont décidé que je partirai le premier avec mon oncle … ».

Nous sommes en 2014, Daesh étend son contrôle partout en Irak. La peur est quotidienne. C’est donc un jeune garçon, qui, -bien que déchiré par la séparation d’avec sa famille-, va entreprendre, un voyage inimaginable jusqu’en Europe. « J’ai dormi dans des forêts, où il y avait des animaux sauvages, j’ai eu peur, raconte-t-il, j’ai beaucoup pleuré en pensant à ma famille, à ma mère, restés derrière moi, en me disant que je ne la reverrai pas… » Séparés des siens, Abdelrahmanse souvient de ces moments comme « les plus longs de sa vie ». A son immense soulagement, ses parents, ses quatre frères et sa sœur parviennent à le rejoindre trois mois plus tard en Turquie. Le jeune garçon reste un an, là-bas, avec sa famille. « Au début c’était bien, nous étions en sécurité, nous avions un logement, j’allais à l’école et puis la population a commencé à devenir méfiante avec les étrangers, les Irakiens, les Syriens… A l’école, j’étais devenu un étranger, on ne me parlait plus. Nous n’étions plus les bienvenus, la vie devenait trop dure, alors il a fallu partir … »
Deux ans dans un camp de réfugiés
Après la traversée vers la Grèce sur un bateau gonflable avec des passeurs, l’arrivée sur une plage jonchée de gilets de sauvetage, le transfert par la police vers un stade de foot pour y être parquée, la famille Dabgan va connaître l’enfer des camps de réfugiés. « Nous ne pouvions plus aller en Allemagne comme on le souhaitait au début car les frontières étaient fermées donc nous sommes restés pendant deux ans dans un camp où il y avait près de 14000 personnes… ensuite, on nous a transférés dans un fort militaire, très isolé à la frontière de l’Albanie où on souffrait du manque d’hygiène et de soins. On y a passé quatre mois. » Et d’égrener les aventures vécues, les souvenirs qui marquent l’esprit pour toujours, surtout quand on est encore un enfant. « Je suis encore jeune, lance-t-il, mais au fond, je suis beaucoup plus vieux dans ma tête, j’ai grandi trop vite… » Après bien des péripéties et des désillusions, Abdelrahman et sa famille, finissent par être transférés à Athènes. Toujours coincés dans une attente interminable, ils parviennent à obtenir des papiers au bout de plusieurs mois. « On nous a dit de faire une demande pour quatre pays dont la France. Qui a accepté de nous accueillir. Nous sommes partis un jour de 2017 en avion. Je me souviens de l’arrivée à Paris, un bus nous attendait pour nous amener à Chinon… », sourit Abdelrahman. Dans cette petite ville française, le jeune garçon et sa famille s’intègrent facilement. La fratrie retourne à l’école, apprend le français, se fait des copains. La vie reprend. « Mon prof d’histoire au collège, avec qui je m’entendais bien, m’a aidé pour mon orientation, se souvient-il. J’ai fait une demande de stage dans un salon de coiffure. La responsable, Sylvie, était très gentille et elle m’a proposé un deuxième stage en 3è. J’ai commencé un CAP Coiffure à Joué-lès-Tours à CMA Formation en 2020. » Malheureusement, l’arrivée de la pandémie de Covid bouleverse les projets de l’adolescent qui ne peut valider sa formation. Sa famille décide de déménager fin 2021 à Lille où le frère d’Abdelrahman fait ses études à l’université.


Une médaille d’argent et une médaille d’or
C’est à une journée portes ouvertes au stade lillois, courant 2022, que le jeune homme rencontre des conseillers de la CMA HDF qui l’incitent à reprendre un CAP Coiffure à CMA Formation et Entreprises Lille. « Ensuite tout s’est enchaîné, raconte Abdelrahman, j’ai recommencé un CAP Coiffeur, fin 2022. Je suis actuellement en alternance chez Vanity Barber Shop à Lille où je gagne en expérience. J’adore ce que je fais et le côté artistique de ce métier … » Une médaille d’argent remportée en 2023 lors du Cambrai Hair Show conforte ses professeurs dans la certitude que le jeune apprenti a trouvé sa voie. « Le voir réussir et s’épanouir est pour nous la plus belle récompense », lâche Jean-François Bastin.
Après avoir affronté tous les périls pour trouver un monde meilleur, Abdelrahman éprouve une profonde gratitude envers ceux qui, estime-t-il, contribuent à lui forger un avenir. « A CMA Formation et Entreprises Lille, on croit en moi. Mes profs ne m’ont jamais lâché. Si je réussis, c’est grâce à eux. Même mon frère me donne un coup de main en étant modèle pour moi. Je ne veux pas les décevoir, ni mes profs, ni ma famille. C’est quand je regarde les yeux de ma mère que je comprends qu’elle est fière de moi… quoi qu’il arrive ! » Cette médaille d’or en coiffure Homme obtenue au concours MAF lundi 31 mars à Calais participe à son éclatante revanche : « Je pourrai dire aussi que je n’ai pas quitté mon pays pour rien… » confie-t-il avec son sourire éclatant. Le jeune homme vise désormais la compétition nationale des MAF à Strasbourg, début juillet. A seulement 20 ans, la vie a déjà appris à Abdelrahman à perdre, à se battre, à résister.
Et plus encore, à gagner.
Photos DR carte Wikipédia (Eric Gaba, World Factbook, Domaine public) & CMA HDF
Résultats du MAF Coiffure le 31 mars 2025 au Lycée Saint Pierre de Calais :
Médaille d’Or Homme : Abdelrahman Gadban CMA Formation et Entreprises Lille
Médaille d’Or Femme : Maelyne Denis CMA Formation et Entreprises Saint- Saulve
Médaille de Bronze : Mandy Cossart CMA Formation et Entreprises Saint-Saulve
Pour plus d’informations sur la filière coiffure à la CMA HDF :
Formation coiffeur et CAP coiffure – CMA Hauts de France